La formation obligatoire pour camionneurs débutants réformera-t-elle le secteur du camionnage?

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Le 1er juillet 2017, tous les nouveaux camionneurs de l’Ontario devront suivre une formation obligatoire pour débutants destinée aux conducteurs de camions commerciaux (connue sous l’acronyme MELT, en anglais) avant de passer leur examen pratique (catégorie A) et de commencer leur carrière dans le secteur du camionnage. L’Ontario est la première province canadienne à mettre en œuvre une telle formation normalisée, et on s’attend à ce qu’elle change les règles du jeu dans le secteur des transports.

Bons et mauvais côtés de la formation normalisée pour les camionneurs

En Ontario, il serait difficile de passer un examen pratique en vue d’obtenir un permis de catégorie A sans avoir suivi une quelconque formation. Toutefois, à partir du 1er juillet prochain, les nouveaux camionneurs devront peut-être payer davantage et travailler encore plus fort pour monter à bord d’un camion (et obtenir un emploi).

La mise en œuvre de la formation obligatoire pour débutants destinée aux conducteurs de camions commerciaux de catégorie A forcera tous les fournisseurs de services de formation agréés par le ministère des Transports de l’Ontario (MTO) à offrir un programme qui correspond aux nouvelles normes, c’est-à-dire qui comporte 103,5 heures de formation en classe et sur la route avant la tenue de l’examen pratique.

Les autorités en matière de transport et les camionneurs chevronnés s’entendent pour dire qu’une formation obligatoire est un pas vers l’amélioration de la sécurité, de l’efficacité et du professionnalisme des camionneurs, et, qu’idéalement, elle permettra d’attirer davantage de personnes dans le secteur du camionnage au Canada. Toutefois, la mise en œuvre de cette formation n’est peut-être pas aussi idyllique qu’il n’y paraît.

Incidence de la formation obligatoire sur le parcours des camionneurs

La formation obligatoire s’adresse aux nouveaux conducteurs qui désirent obtenir leur permis de camionneurs commerciaux. Elle n’est pas conçue pour les camionneurs qui possèdent déjà un permis valide de catégorie A, peu importe le type de formation officielle qu’ils ont suivie. Alors que certaines écoles devront mettre à jour leurs programmes de formation, d’autres respectent déjà les exigences de la nouvelle formation obligatoire ou les surpassent.

L’objectif de la formation obligatoire est de fixer des normes plus élevées qui permettront d’améliorer dès le départ la sécurité et les compétences des conducteurs sur la route. Cela exigera donc de sévir contre les écoles non qualifiées, qui imposent des frais très élevés pour une formation inadéquate. Même si ces changements n’auront pas une incidence pour tous, on espère qu’ils permettront d’améliorer le bilan et la réputation du secteur du camionnage.

Avantages de la formation obligatoire

Lors de la deuxième conférence annuelle de l’Association des écoles de formation en camionnage de l’Ontario, en février dernier, les experts du secteur se sont tous entendus pour dire qu’un programme de formation normalisé allait permettre de renforcer l’expérience de travail.

Rolf VanderZwaag, directeur de l’entretien et des problèmes techniques à l’Association du camionnage de l’Ontario, et expert du secteur du camionnage, fait remarquer que « des normes de formation plus élevées signifieront que plus de camionneurs commenceront leur carrière avec de meilleures compétences. Le rehaussement des compétences se traduira par un roulement de personnel moins important, et donc par une diminution du nombre de titulaires de permis de catégorie A qui se retrouveront sans emploi. Et bien entendu, tous les usagers de la route seront plus en sécurité ».

D’un autre côté, si la formation est plus exigeante, moins de participants la réussiront. Il est vrai que le secteur du camionnage a besoin de camionneurs, et certaines personnes croient encore qu’une simple formation rapide en vue d’obtenir un permis de catégorie A leur permettra de trouver un emploi sur le champ. David Goruk, conseiller expert, Service de prévention à Northbridge Assurance mentionne que « la formation obligatoire permettra d’écarter ce genre de personnes. Dorénavant, les écoles de formation douteuses qui cherchent à faire de l’argent rapidement ne pourront plus faire la promotion de leurs programmes aussi facilement qu’avant, et les étudiants devront démontrer qu’ils peuvent faire bien plus que simplement passer leur examen pratique.

Limites de la formation obligatoire

Bien que la formation obligatoire comporte de nombreux avantages, il ne s’agit pas d’une solution parfaite. D’abord, la formation peut s’avérer coûteuse : les frais seront fixés par chacun des fournisseurs de formation, et David Goruk se doute que certaines écoles augmenteront le prix des cours prétextant un programme de formation plus complet. Cette hausse des prix pourrait aggraver la pénurie de conducteurs, puisque moins de camionneurs potentiels seront en mesure de suivre la formation obligatoire.

Par exemple, les nouveaux camionneurs qui ont appris les rudiments de leur profession grâce à l’expérience et à une formation informelle, plutôt qu’en suivant un programme dans une école, devront s’arrêter, sortir leur portefeuille et prendre le temps de suivre la nouvelle formation obligatoire avant de passer l’examen pratique en vue d’obtenir leur permis de catégorie A. Est-ce juste? Techniquement, oui. Toutefois, ce programme peut aussi constituer un obstacle important pour des camionneurs passionnés et compétents dans un secteur qui a déjà du mal à recruter de la main-d’œuvre plus jeune.

Le programme de formation obligatoire pourrait même créer un faux sentiment d’expertise. En instaurant des normes plus élevées de formation, on craint que bon nombre de camionneurs et d’employeurs présument qu’aucun effort supplémentaire ne devra être déployé une fois la formation suivie. David Goruk voit la situation d’un autre angle : « tant que la conduite de camions ne devient pas un métier qualifié, il n’existe aucune norme concernant les programmes de stage, et c’est pourquoi la formation doit être continue. Les programmes de mentorat devraient s’échelonner sur des mois, et non sur quelques jours seulement. »

Ce que l’avenir nous réserve

Les normes actuelles en matière de formation au ministère des Transports de l’Ontario concernent principalement la sécurité de base et « ne vous rendront pas automatiquement compétent », nous rappelle David Goruk. Il faut absolument offrir une formation normalisée pour mieux préparer les camionneurs potentiels à la panoplie de situations et de conditions qu’ils devront affronter sur la route. La question que l’on doit se poser est la suivante : le programme obligatoire permettra-t-il d’offrir une formation aussi efficace qu’accessible et d’attirer davantage de conducteurs dans le secteur du camionnage?

Actuellement, les experts du secteur, comme Rolf VanderZwaag et David Goruk, entrevoient l’avenir avec un optimisme prudent et une bonne dose de réalisme. La formation obligatoire ne réglera pas la pénurie de camionneurs, mais elle pourrait résoudre certains problèmes sous-jacents qui contribuent à cette pénurie, et c’est déjà un pas dans la bonne direction.